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Eliane d'Orfond

Par Claire Maingon | (4) Commentaires | Permalink

Eliane_dorfondpile_ou_face281_10 Voici que vient de s’achever l’exposition de la femme sculpteur Eliane d’Orfond passage Choiseul, dans le bel espace Cinko souvent loué pour des expositions. Sur les murs de pierres anciennes, les œuvres en terres patinées de noir se découpent avec précision. Les autres reliefs et rondes-bosses sont aussi de pierre, de bois et de bronze. Comment ne pas penser, en regardant ses sculptures, à l’influence des arts primitifs et des grands sculpteurs abstraits de la génération de Jean Arp puis d’Antoine Poncet ? Eliane, une belle femme aux yeux de chats, explique surtout avoir cherché à exprimer sa personnalité et poursuivre un passionnant travail sur la ligne. Elle la traque, elle la capte avec une passion toujours renouvelée. Son parcours a débuté comme architecte d’intérieur après des études à l’Union Centrale des Arts Décoratifs, puis en travaillant dans les ateliers de la DAC où elle apprend les techniques de la taille sur bois et de la fonderie d’art. Cette artiste aime le volume et la masse, le jeu des contours et des formes et propose des sculptures qui invitent à tourner autour.

Elle a d’ailleurs réalisé de nombreuses commandes pour les jardins, un espace où la sculpture trouve une vivance plus organique. L’œuvre d’Eliane d’Orfond révèle sa prédilection pour trois thèmes : les têtes, Icare et les silhouettes. Captivée par le mythe de l’homme volant, elle n’hésite pas à jouer avec les lois de l’apesanteur en suspendant des figures très épurées au bout d’un fil de fer. A la fois ludiques et essentielles, les formes sont abstraites du réel pour parvenir à l’essence du mouvement. On appréciera aussi les séries très décoratives de petites têtes en terre épinglées sur des fonds de toiles vierge, développées en série, comme des bijoux minuscules et ancestraux. Le prochain défi d’Eliane sera de s’attaquer à des grandes tailles de marbre, et d’explorer le thème du poisson, un motif sinueux qui devrait satisfaire son penchant naturel pour la ligne et l’espace.

Image : Sculpture d'Eliane d'Orfond intitulée Pile ou face

Voir aussi : Portraits d'artistes

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André Beaudin

Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink

Hbeaudin_redim Le cubisme en a une tripotée d'héritiers, et parmi eux : André Beaudin, un des membres de cette école de Paris d'après 1945 que nous explorons en ce moment dans les "colonnes" du blogart. Ami de Juan Gris - qui n'était pas le dernier des cubistes et peut-être l'un de ses plus beaux talents classiques - cet artiste a cultivé un art fait de rigueur et de verticalité. Sans souci de reproduire mimétiquement le réel,  la peinture se fait libération, tout en respectant l'expression de la nature et le principe cézannien. Représenté sur les cimaises de la galerie Kahnweiler, André Beaudin mérite d'être redécouvert par nos contemporains. Il fut notamment un bel aquarelliste, réputé pour cette expression déliée et joyeusement colorée.

Son oeuvre est très fine, très sensible et pleine de poésie. Le terme de poète a d'ailleurs été fréquemment utilisé par les critiques et les amis de son temps - Eluard notamment. Très bien représenté de son vivant sur la scène artistique internationale, Beaudin est plus communément associé a mouvement fondé par Tapiè sous le nom d'informel. Il ne serait pas inutile qu'un musée parisien lui consacre de nouveau une exposition dans les années à venir, après la rétrospective organisée l'année dernière au Musée de Belfort et qui a donné lieu à la publication d'un catalogue.

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Bernard Lorjou

Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink

143 Revenons à ces peintres souvent mal aimés des années cinquante, réputés parfois pour leur figuration hermétique. Je propose aujourd'hui un petit focus sur le talent coloré de Bernard Lorjou, peintre réaliste qui s'est imposé en son temps comme l'un des opposants farouches à l'abstraction lyrique. Un esprit de révolte, de contestation, habite la personnalité atypique de Lorjou, un artiste sans concession et qui n'a pas peint pour plaire mais pou exprimer, d'abord, quelque chose de lui et de son époque. Désabusé, l'ami? N'a pas eu une vie facile, faut dire. Végétarien dormant dans le hall de la gare d'Orsay, il fut un artsite totalement autodidacte et poussé par sa seule envie de peindre. Il se révéla, comme beaucoup de talents non-professionnalisés, dans le cadre du Salon des Artistes Indépendants. 

Illustrateur aussi, il prend un tournant décisif dans sa carrière après la Libération, dans un climat de tension historique. Cet ami de Rebeyrolle a également cotôyé Bernard Buffet et vécut un procès retentissant avec Bernard Dorival, conservateur du Musée National d'Art moderne, dans la querelle des abstraits. Il fait partie de ces artistes de l'après-guerre qui méritent toute notre attention, à l'heure où ces querelles sont passées au rang d'objet de l'histoire de l'art esthétique et culturelle.

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Charles Lapicque

Par Claire Maingon | (3) Commentaires | Permalink

Jpg612 Parmi tous les membres de la Grande Ecole de Paris, celle qui a été si bien répertoriée et valorisée par Lydia Harambourg, on compte le dénommé Charles Lapicque. Le Salon des Artistes Indépendants lui rend d'ailleurs cette année un hommage. C'est un peintre haut en couleurs. Il avait partagé un temps les visions de Manessier et de Bazaine, ainsi que de Maurice Estève dont nous parlions récemment, avant de prendre sa parfaite indépendance et de pratiquer son art sans chercher à faire prtie d'aucun cercle. D'obédience plutôt figurative, son oeuvre rayonne d'un certain bonheur, d'un certain plaisir de la couleur. Il serait comme un peu fauve ou néo après l'heure, sans que son art ne soit dépassé pour autant.

Amoureux des terres bretonnes, il a largement puisé son inspiration dans ses paysage, surtout après 1945. J'aime beaucoup les arabesques et le volumes qu'il développe à foison dans ses compositions rythmées. Philosophe dans l'âme, il aussi donné des conférences au moment de sa rencontre avec Gabriel Marcel. Figurant parmi les peintres de la marine, il a fait de nombreux voyages dans les ports de France et acheta même un vieux canot qu'il utilisa tous les ans pour ses sorties en mer estivales. Un beau peintre auquel il était temps de prendre hommage et dont nous verrons avec plaisir la petite rétrospective aux Indépendants.

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Maurice Estève l'aquarelliste

Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink

290405160411esteve20a20119820aquare J'ai toujours beaucoup apprécié les aquarelles si lumineuses du peintre abstrait Maurice Estève (1904-2001). Elles ont quelque chose de religieux, dans l'aura. En fait, Estève aurait plutôt coeur à dire que son expression est non-figurative. C'est d'ailleurs en visitant le Louvre où il édcouvre Delacroix, Corot et Chardin que le jeune Maurice rencontre sa vocation d'artiste peintre. Mais sa peinture, très terrienne, n'a pas oublié son terroir natal. Il fut bien sur de ceux qui ont fréquenté le quartier si animé de Montparnasse dans les années de l'entre-deux-guerres, avec ses nombreuses académies libres. Sa peinture non-figurarive se caractérise par de grosses formes-couleurs aux harmonies parfois tranchées mais toujours en irradiation.

Passé sous contrat d'exclusivité avec la galerie Louis Carré, Maurice Estève est l'un des représentants des jeunes tendances d'avant-garde autour de la Libération, avec des peintres tels que Lapicque et Bazaine. Mais, personnellement, j'aime surtout ses aquarelles que je trouve d'une extrême poésie. Si le hasard joue toujours un rôle considérable dans ces assemblages sensibles, il fait fort bien les choses sous la conduite de la main de Maurice EStève, l'un des grands acteurs de la scène artistique française des années 50.

Photo : galerie Claude Bernard

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Les visions de Tony Oursler

Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink

Oursler1 Yeux globuleux, loupes, satellites...avec Tony Oursler, on plane complètement les mecs. Ce photographe américain a conçu une oeuvre bien particulière, franchement expérimentale. On se croirait en visite dans un fusain d'Odilon Redon, grandeur nature et technicolor, version un peu psyché des années 70. Dès la fin de ces années là, Oursler se met à réaliser des installations à la fois burlesques et comiques où il filme des visages et a recours à la mise en scène des corps. Ainsi, on a parfois envie de le rattacher aux mouvements fluxus et au Body art qui ont fleuri dans cette seconde moitié du 20e siècle. On peut dire de Oursler qu'il a vraiment révolutionné quelque chose dans l'art de la vidéo, embryonnaire dans les années 80.

La façon dont Oursler utilise la vidéo est très théâtralisée, et il n'hésite pas à mélanger les médiums pour concourir à la création d'installations à la fois visuelles, musicales et architecturales. Il y avait eu une belle présentation de ses travaux au Jeu de Paume en 2005 qui m'avait laissé un vif souvenir. On retrouvait notamme Switch, une installation datant de 1996 qui se composait de cinq éléments dont plusieurs poupées. Le pantin a toujours tenu une place particulière dans son univers, comme un double indéfini de nous-mêmes. Tout cela sous la surveillance de "l'oeil", et avec la "présence" de voix qui sont comme des médiateurs un peu inquiétants entre la parole et le regard.

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Sean Scully, le conciliateur de talent

Par Claire Maingon | (11) Commentaires | Permalink

Sean20scully20bigland Il n'y a pas une abstraction mais des abstractions. Quelle variété dans les cheminements des artistes du 20e siècle, depuis les pères fondateurs jusqu'aux talent d'aujourd'hui, en passant du lyrisme au minimalisme, à l'organique. Il y en a pour tous les goûts, et des dégoûts. Certaines sensibilités demeurent imperméables à l'expression idéiste ou rétinienne. Moi, j'apprécie par exemple l'oeuvre de Sean Scully, ce peintre et graveur américain d'origine irlandaise. Né juste après la 2e Guerre Mondiale, Scully peut être décrit comme un peintre expressionniste, du fait de son utilisation de la couleur exacerbée comme véhciule de la géométrie et des émotions. On serait tenté de dresser des parallèles entre lui et Mondrian autant qu'avec Rothko. Ca tombe bien, ce sont deux artistes qu'il a admiré dans ses années de formation.

La bande, la rayure occupe l'essentiel de son langage pictural. Cette forme simple permet d'aller droit au but, si l'on peut dire, et de jouer sur la notion de verticalité, le propre de l'homme. L'oeuvre de Scully n'est est pas moins variée et organique, très sensuelle, elle n'a rien de froid et pourrait apparaitre comme un contre-point à l'oeuvre d'un François Morellet par exemple. Peignant à main levée, Scully travaille à l'huile. Conciliant, et très humain, l'artiste a défini son art - non sans un pointe de malice - contre la réconciliation entre l'expressionnisme de Pollock et la méthodique linéarité de Mondrian. Sean Scully est aussi de ceux qui s'inscrivent en faux contre l'éternel débat figuratif/abstrait. C'est vrai que la figure existe quoiqu'il advienne, autant que le sentiment supérieur et immatériel. Autant les réunir, dans une lecture féconde de l'art, que les affronter.

Portrait

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Laurence Bonnel, une oeuvre entre ciel et terre

Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink

5819_l_bonnel_2  Dans son atelier niché au fond d'un immeuble de la rue Michel-Ange, sous cet auspice précieux, Laurence Bonnel travaille à sa sculpture: des personnages longilignes qui se découpent en ombres chinoises, dans le jeu des lumières, sur les murs blancs. Sculptrice, elle crée des silhouettes architecturées, presque primitives, dont émane une grande présence. Occupation des sols, occupation de l'espace, sa sculpture est un lien entre la terre et le ciel. C'est ainsi qu'elle aime à la présenter. Laurence, cette jolie et grande trentenaire, a commencé à pratiquer le modelage il y a une dizaine d'années. Plus qu'une passion, cette autodidacte en a fait son métier. Après des études d'histoire de l'art, et forte de ses cours de dessins, elle s'est lancée entièrement dans la traduction de ses visions intérieures.

6084_l_bonnel_2 L'humain et la terre

Deux thèmes s'imposent dans l'oeuvre de laurence Bonnel depuis quelques années : celui des couples et celui de la foule. Le motif de l'humain, récurrent et central dans son imaginaire, est épuré jusqu'à la stylisation formelle qui évoque d'emblée l'art de Giacometti ou les corps cubistes d'un Zadkine. Mais, modeste et entière, l'artiste refuse les étiquettes et les filiations un peu faciles. Elle a son propre style et son oeuvre existe par et pour elle-même. Cette sculptrice mène une réflexion sur la place de l'individu, la solitude dans la multitude, l'absence cachée dans la présence des corps. Sans visages, asexués mais sensuels, ses personnages sont des mises en abîme d'un moi profond. Il n'y a aucun pathos dans sa façon minimaliste d'exprimer l'humain, mais une tranquillitué qui révèle une vision croyante dans les forces de la vie et de la nature. Les corps, dans son oeuvre étirée vers le ciel, sont autant des lianes que des cathédrales. 

6058_l_bonnel_3 De la glaise au métal

Le processus créatif de Laurence Bonnel accorde de plus en plus d'importance au dessin, d'après lequel elle pense la présence de ces longues silhouettes architecturales. Elle modèle en retranchant directement de la matière dans ses blocs de terre glaise et humide comme une prise en taille directe. Appelée à des rêves de monumentalité pour ses oeuvres, Laurence Bonnel verrait bien ses sculptures rejoindre la nature, la terre, pour y être ancrées. Actuellement, l'artiste travaille sur l'idée du cadre dont les personnages s'affranchissent ou dans lequel ils se fondent. La sculpture, art en trois dimensions, prend ici tout son sens. Et Laurence de mener son jeu sur les volumes et l'harmonie des masses. Epuration des lignes et des matériaux, singularité des contours, son style s'impose par un graphisme simple et équilibré. La sculptrice aime la matière; aime la terre, aime le bronze. Traduites dans le métal par les Fonderies Fusion, ses figures sont patinées dans des noirs profonds et toujours sobres.

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