Les Daguerréotypes de l'ailleurs
Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink
On le sait, l'histoire de la photographie est passée par le daguerréotype qui est lui même un héritage de cette bonne vieille Camera oscura, procédé d'optique connu depuis l'antiquité et qui fut très utile aux peintres de la Renaissance pour apprendre à représenter et à maîtriser le rendu de la perspective spatiale. C'est aussi le titre tout à fait intéressant d'une exposition de photos présentée en ce moment au Musée du Quai Branly. Il s'agit d'une réunion des premiers portraits réalisés grâce au procédé mis au point par Daguerre, après la disparition de Niepce. Mais ici, dans ce musée dédié au mélange culturel, les portraits sont exclusivement ceux de non-européens. Et c'est tout l'intérêt car les portraits de famille classiques, bourgeoises du second empire, on connaissait déjà.
On pourra notamment voir les clichés réalisés par Charles Guillain en Afrique du Nord à une époque où le matériel photographique était très encombrant, lourd et où les plaques de verre séchaient parfois trop vite pour pouvoir être développées. Pour compléter la visite ou pour faire un joli cadeau de noël, n'oubliez pas de jeter un oeil sur le catalogue d'exposition qui a spécificité de reproduire 30 daguérréotypes en taille réelle accompagnés de plusieurs études techniques.
Voir aussi : Expositions & Evènements | Photographie
Sous l'oeil de Laurent Gueneau
Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink
C'est tout nouveau et ça vaut le détour : la nouvelle galerie d'exposition du centre atlantique de la photographie, à Brest. 250 m² dévolus à l'accrochage de formats et de clichés contemporains ou anciens. Le premier à bénéficier de ce bel espace est Laurent Gueneau, un photographe-voyageur d'une quarantaine d'années qui a fait de la ville le coeur de son intérêt. La ville, oui, mais celle des pays de l'est et des pays en voie de développement, pour un regard en ouverture vers l'autre et le monde. En travaillant au maximum les possibilités données par la lumière, Gueneau utilise exclusivement un appareil grand format qui donne une vision presque panoramique de ses sujets de prédilection. On plonge littéralement dans le paysage.
Les architectures se superposent, s'imposent, se recoupent ou s'affrontent dans des atmosphères souvent vides mais pas deshumanisées. Comment pourraient-elles l'être, du reste, dans le sein des villes tentaculaires et aliénantes comme Bombay? Histoires de l'Histoire, histoire de la personne humaine, Gueneau est un photographe de coeur et d'esprit, un oeil de mémoire. Je trouve ses photos vraiment sublimes et jamais gratuites.
Voir aussi : Photographie
Rousseau et le réel
Par Claire Maingon | (3) Commentaires | Permalink
Les toiles du Douanier Rousseau ont toujours une aura de mystère qui les entourent. Est-ce dû à leur façon un peu "naïve" de présenter le réel? Est-ce dû à ce que l'on hésite à affirmer que le Douanier était un bon peintre ? Je l'ignore mais j'aime assez certaines de ses oeuvres. J'aime les animaux qu'il peint, par exemple le grand cheval de La Cariole du père Juniet, peint en 1908, qui se trouve au Musée de l'Orangerie. On sait quelles ont été les conditions de cette commande, passée à Rousseau par un commerçant répondant au nom de Junier (et non Juniet) dont le Douanier était client. L'image ressemble à une photographie de famille, et justement, le peintre a travaillé d'après un cliché qu'il avait fait réaliser un dimanche de promenade au bois de Clamart.
Ainsi, le peintre se retrouve dans la position de l'oeil photographique. Voilà qui est fort intéressant et élargit finalement notre façon de considérer l'art dit naïf, comme une double distanciation avec le référent réel (Rousseau qui peint d'après une photo, photo elle-même image du réel). On est deux fois plus loin de la réalité, un peu comme dans les tableaux des hyper-réalistes américains, Malcolm Morley par exemple qui peint des toiles d'après des cartes postales et des photographies.
ci-contre : une toile de M. Morley
Voir aussi : Histoire de l'art | Peinture | Photographie
David Claerbout décevant
Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink
Certaines personnes de ma connaissance, visiteurs de l'exposition David Claerbout au Centre Pompidou, ne m'ont pas vraiment donné envie d'aller voir cette installation. Ils ont été déçus. Cet artiste qui travaille sur la photographie a pourtant une oeuvre a priori assez riche. Mais un peu froide au demeurant. Le rapport qu'il exploite, entre le mouvement et l'immobile, est censé ouvrir le regard sur une autre perception de l'espace et du temps. Influencé par l'esthétique, Claerbout crée des mini-narrations qui replacent le spectacteur au coeur de l'oeuvre et du vivant. Dans les 300 m² de l'espace Pompidou, cinq de ses oeuvres sont projetées qui montrent des architectures contextualisées.
Je trouve ce rapport architecture-photographie très intéressant à explorer, en dehors de l'oeuvre personnelle de David Claerbout. Que l'on songe aux Becher notamment et à leurs séries photographiques du patrimoine industriel devenues des pièces historiques. Ici, le propos est beaucoup plus narratif que descriptif ou inventaire. De toute façon, il faudra faire un saut pour se faire une opinion réelle sur cette installation. Ceux qui l'auront raté pourront se rattraper en voyant l'expo Claerbout à Cambridge, St Gallen ou encore Tokyo jusqu'en 2009. Mais faudra prendre l'avion ou le train cette fois, tandis qu'un seul coup de métro suffit encore...jusqu'au 7 janvier.
Voir aussi : Architecture | Expositions & Evènements | Photographie | Vidéo
Hans Silvester et les visages de l'Afrique
Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink
Hans Silvester est un photographe mondialement connu auquel le Musée de l'Hôtel-Dieu, à Mantes-la-Jolie, consacre une exposition. Né en 1938, Silvester a silloné les continents pour rapporter des images sans fioriture mais d'un grand pouvoir d'attraction esthétique. Ce n'est pas pour rien qu'il a si souvent été commandité par le magazine Géo pour des reportages photos. Ces dernières années, son oeil a parcouru les terres d'Afrique en quête de ce mélange entre regard humaniste et artiste. En 2003, Silvester était en Ethiopie où il est parti à la rencontre de tribus isolées. Dans cet environnement lointain et originel, il s'est imprégné d'une culture traditionnelle qu'il restitue au monde par ses photographies. Témoin de l'histoire, il devient passeur d'une sensibilité, d'un vécu, de croyances ancestrales.
Les visages des jeunes hommes de ces tribus du confin de l'Afrique éclatent en harmonie de terres. Mettant en valeur les corps peints, le photographe livre autant un travail sur la forme que sur le fond. Entre sophistication et simplicité, ces clichés remarquables avaient déjà crée l'évènement au festival Visa pour l'image de Perpignan en 2006. Par ailleurs, tant qu'à faire, le musée de Mantes-la-Jolie adjoint une présentation de masques du Gabon. Ces objets rituels et fascinants sont une des formes privilégiées d'expression de la figure humaine. A ne pas manquer.
Voir aussi : Actualité | Expositions & Evènements | Photographie
Lee Miller, une femme de tête
Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink
Lee Miller est morte en 1973. Mais elle demeure à jamais une icône, une étoile des années cinquante, une égérie de Man Ray et de Chanel. Photographe, Lee Miller fut une femme d'action et d'audace, un femme à laquelle rend hommage le Victoria & Albert Museum de Londres jusqu'au 6 janvier. Cette américaine de naissance et parisienne de coeur parvint à faire publier dans Vogue en 1945, entre les pages bikinis et cuisine, un reportage sur la libération des camps de Buchenwald et de Dachau restent dans les annales du photoreportage de l'après-guerre. Lee a connu les grands monstres sacrés de son époque, en passant par Picasso ou Max Ernst. Connue et reconnue pour ses clichés dans les années 1930, notamment ses portraits de célébrités, Lee Miller n'en est pas moins une artiste un peu sauvage, entière, assez pudique mais aimant la provocation et la polémique.
L'un de ses clichés les plus célèbres est sans doute un autoportrait la montrant prenant un bain dans la baignoire d'Hitler, avec le portrait du dictateur encadré, à la Libération. Comme une femme qui se laverait après avoir été souillée par le viol de l'histoire, comme la mise en regard d'une réalité quotidienne face à une autre au travers de la sculpture, posée là, sur le rebord de la coiffeuse. Les jeux d'échos et de dialogues sont immenses et très intenses dans ce cliché célèbre de Lee.
Voir aussi : Photographie
Le quotidien autrement : deux regards croisés
Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink
Autre exposition de photographies contemporaines en ce moment au centre culturel canadien: celles de Lisa Klapstock et de Paulette Phillips. Entre art vidéo et art photographique, leur travail sur l'image n'est pas très connu en France. Elles jouissent pourtant d'une réelle notoriété dans leur pays d'origine. Paulette Phillips s'amuse à sonder l'univers du quotidien, ce qui n'est pas si désuet que cela bien au contraire. Car le quotidien, c'est la vie à l'état pur si l'on peut dire, celle à laquelle on ne peut pas échapper. Mieux vaut s'en faire une alliée. L'artiste explore des facettes de notre rapport au monde, comme la déambulation dans une foule, la contemplation d'un paysage. Des choses simples et intimes dans lesquelles chacun peut se retrouver.
Quant à Lisa Klapstock, elle travaille plus précisément sur la foule, ou plutôt sur l'individu dans la foule. cette question ouvre une réflexion sur l'individualisation dans la société de masse, dans la globalisation que nous vivons et subissons. Une nouvelle fois, il s'agit d'installations mêlant photographies et vidéos.
Image 1 : une installation d Paulette Phillips
Image 2 : une image extraite d'un DVD de Lisa Klapstock
Voir aussi : Actualité | Expositions & Evènements | Photographie | Vidéo
Michael Light regarde la terre
Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink
La terre vue du ciel, tout le monde se souvient du succès populaire de cet ouvrage de photographies prises par Yann Artus Bertrand. C'est un autre regard que celui de Michael Light, un photographe américain qu'expose en ce moment la galerie Luc Bellier. Les clichés, en noir et blanc, font ressortir d'autres subtilités de la terre. Cet artiste n'est pas un débutant. Il vient même d'être consacré par le prix John Simons décerné par le Guggenheim Museum. Ce qui intéresse Light, c'est avant tout l'empreinte que l'homme laisse sur la terre, la forme de conflit que la cohabitation nature/homme engendre au niveau de l'espace. En ce sens, il s'éloigne vraiment du regard presque romantique de Y. Artus Bertrand.
La nature apparait presque métallique, pas forcément accueillante ni naïve, Et puis, le photographe s'intéresse au monde de la ville, à ses périphéries, ses rebus. Notre photographe est d'ailleurs mieux connu pour livre portant sur les centaines d'essais nuclaires réalisés par les Etats-Unis entre 1945 et 1992, un document historique qu'il a intitulé 100 soleils.
Voir aussi : Photographie
Alphonse Allais, un photographe très sérieux
Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink
Connaisseurs de l'histoire de la photographie, vous n'ignorez pas l'existence du Musée Nicéphore Niepce, son découvreur, à Chalons-su-Saône. mais saviez-vous que ledit musée accueille en ce moment une exposition consacrée aux photographies étranges, surréalistes avant l'heure, mise en parallèle de l'univers d'Alphonse Allais? Cet écrivain de l'absurde, pilier du cabaret Le Chat Noir, à Pigalle, dans la seconde moitié du 19e siècle, est connu pour ses phrases humoristiques (telles que "Les gens qui ne rient jamais ne sont pas des gens sérieux"). Allais semblait se moquer de la société de ses contemporains. Les photographies présentées, comme un écho à cet univers décalé, mélangent le monde des rêves, ou plutôt des visions, à celui de la réalité.
Rapellons peut-être en deux mots que le Musée Niepce conserve près de toris millions d'images depuis les débuts de la photographies (vers 1816) et jusqu'à aujourd'hui. Crée dans les années 1970, il permet aux visiteurs de prendre connaissance de l'histoire de la photographie ainsi que de l'évolution des techniques.
Voir aussi : Photographie
Walker Evans au Quai Branly
Par Claire Maingon | (3) Commentaires | Permalink
Vite, il reste encore quelques jours pour visiter l'exposition des photographies de Walker Evans au Musée du Quai Branly. Jusqu'au 25 novembre, pour les retardataires, on y découvre les 17 portefolios, dans leur état d'origine, réalisé car ce photographe à l'occasion de l'Exposition d'art africain du Museum of Modern Art en 1935. L'intérêt, c'est que les photographies en question sont mises en rapport direct avec les objets qui les ont inspiré, pour "un dialogue des cultures", ainsi qu'aime à le préciser le Musée du Quai Branly. Walker Evans n'est pas n'importe qui. C'est un photographe américain (1903-1975), célèbre pour ses photographies des années trente portant sur la Grande Dépression économique.
De la trempe d'une Dorothea Lange, Evans photographie sans complexe et sans barrière. Adepte d'une certaine sincérité, d'un vérisme, il pratique la photographie comme un capteur du réel. Ses clichés de pauvres gens ne tombent jamais dans le misérabilisme car la quête d'Evans est profondément humaniste. Les regards sont poignants et généralement au coeur des clichés qu'il prenait. Pionnier de la photographie documentaire, pas si connu en France du grand public, Evans est heureusement mis à l'honneur par le Quai Branly même si la publicité autour de l'exposition a été bien discrète.
Voir aussi : Photographie




