La blessure d'amour de Gustave Courbet
Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink
Dans l'exposition Courbet, qui connait un succès incroyable auprès du grand public actuellement, il est certain que les autoportraits sont parmi les plus belles toiles exposées. Parmi les plus belles peintes par Courbet. Le franc-comtois est l'un des peintres à s'être le plus représenté. Je crois qu'il existe quelque chose comme une quarantaine d'autoportraits dans sa production. J'aime beaucoup celui connu sous le titre de l'Homme Blessé (Musée d'Orsay), car je crois qu'il est blessé d'amour. C'est amusant parce que les spécailistes bataillent pour savoir si l'art de Courbet entretient au non un dialogue ou une émulation avec le romantisme. On serait tenté de dire que forcément oui, à ses débuts tout au moins. Et quand on voit cet homme blessé, n'est-il pas romantique, au sens littéraire du terme?
Cette toile, peinte par Courbet en 1844 (date de son premier succès au Salon) a été reprise par lui dix ans plus tard après une douloureuse rupture amoureuse. Séduisant et initme, ce tableau m'a toujours évoqué - par association d'idées - le pauvre Ugolin de Manon des sources de Pagnol qui avait cousu son son coeur le ruban de celle qu'il aimait et qu'il ne possédereait jamais.
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André Lanskoy, toujours vivant
Par Claire Maingon | (2) Commentaires | Permalink
Personnellement, j'aime la peinture mi figurative-mi abstraite des années 50. Ne riez pas. C'est vrai, et c'est pas à cause de la vente Delon. Il y a un certain nombre de beaux talents qui demeurent encore dans ce que d'aucun appeleront le purgatoire de l'histoire de l'art. Oubli nécessaire pour une redécouverte? Sans doute. C'est très bouddhiste finalement (la souffrance fait partie de ce monde, elle est le chemin vers le nirvana et la libération, non?). Bref, je m'intéresse à André Lanskoy. Lanskoy, on vous dit. Né à Moscou en 1902, ce peintre a découvert l'abstraction après la seconde Guerre Mondiale. La toile reproduite ci-contre, Trois musiciens sur fond bleu, est assez significative de cette recherche plastique et, disons-le, esthétique (ce n'est pas un gros mot).
Géométrisée, la composition est à la fois dynamique et très linéaire, dans une gamme soutenue de couleurs froides qui structurent tout en coupant violement l'espace de la toile. Arrivé à Paris en 1921, on peut naturellement l'inscrire dans cette fameuse Ecole de Paris qui sied tant au regroupement des peintres étrangers venus pratiquer l'avant-garde cubiste dans la capitale à cette époque. Pour les amateurs, sachez que la galerie Roussard, à Montmartre, présente en ce moment un accrochage de noël qui fait la part belle à Lanskoy et d'autres figures de la même génération, comme Gen Paul.
ci-contre: une toile de Gen Paul, figure de Montmartre dans les années 30 et 40.
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Rousseau et le réel
Par Claire Maingon | (3) Commentaires | Permalink
Les toiles du Douanier Rousseau ont toujours une aura de mystère qui les entourent. Est-ce dû à leur façon un peu "naïve" de présenter le réel? Est-ce dû à ce que l'on hésite à affirmer que le Douanier était un bon peintre ? Je l'ignore mais j'aime assez certaines de ses oeuvres. J'aime les animaux qu'il peint, par exemple le grand cheval de La Cariole du père Juniet, peint en 1908, qui se trouve au Musée de l'Orangerie. On sait quelles ont été les conditions de cette commande, passée à Rousseau par un commerçant répondant au nom de Junier (et non Juniet) dont le Douanier était client. L'image ressemble à une photographie de famille, et justement, le peintre a travaillé d'après un cliché qu'il avait fait réaliser un dimanche de promenade au bois de Clamart.
Ainsi, le peintre se retrouve dans la position de l'oeil photographique. Voilà qui est fort intéressant et élargit finalement notre façon de considérer l'art dit naïf, comme une double distanciation avec le référent réel (Rousseau qui peint d'après une photo, photo elle-même image du réel). On est deux fois plus loin de la réalité, un peu comme dans les tableaux des hyper-réalistes américains, Malcolm Morley par exemple qui peint des toiles d'après des cartes postales et des photographies.
ci-contre : une toile de M. Morley
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H.S. au MAMVP
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C'est vrai qu'elle a un nom imprononçable, Hélène Schjerfbeck (1862-1946). Et pas facile à écrire non plus, d'ailleurs. Faut dire qu'elle est d'origine finlandaise. Je vous en parle car l'oeuvre de cette dame, franchement inconnue en France (hormis pour les spécialistes de l'art moderne finlandais peut-être), fait actuellement l'objet d'une exposition au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. Et les retours sont excellents. C'est un univers complètement personnel et assez obsessionnel que celui d'H.S (pour éviter les fautes de frappe, ndlr.). Venue se former à Paris dans les années 20, comme tout bon artiste indépendant qui se respectait, elle passa pourtant le plus clair de sa vie en recluse, à une cinquantaine de kilomètres d'Helsinki. Dans cet isolement, elle parvient malgré tout à livrer une peinture nourrie des avant-gardes, libre mais matinée d'une pudeur, d'une douceur très unique. C'est peut-être cette fameuse lumière du Nord qui change tout.
On peut avoir le sentiment que l'oeuvre tourne un peu sur elle-même, du fait de cette réclusion d'H.S. Mais ce qui est vraiment saisissant est sa série des autoportraits qui nous montre une femme, sans fards, plus elle-même que nous ne pourrions jamais envisager de nous révéler à l'autre. Autrement dit, on ressent un petit choc devant cette audace très fine et intime, qui montre le visage de la mort mêlé à celui de la vie, et peut-être, à une forme d'alinéation. L'exposition mérite ne serait-ce que pour cette série, assez extraordinaire. Jusqu'au mois de janvier.
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Les couleurs de l'Italie...des 17 et 18e siècles
Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink
A son origine, le Musée départmental de l'Oise possédait une très belle collection de peintures italiennes modernes. Ces toiles avaient été décrochées des murs au moment de la réfection du musée. Mais cela est de l'histoire ancienne, si l'on peut dire, car les salles ont adopté une nouvelle splendeur sobre et scénique qui sied bien à ces oeuvres d'art exceptionnelles. Pour fêter l'évènement de la réouverture, le Musée a organisé une exposition intitulée Couleurs d'Italie. Il s'agit des toiles réunies depuis les années 1960 par l'ancienne conservatrice du Musée. Le panorama balayé par cette collection publique est large puisqu'il va des écoles italiennes dans l'émulation du Caravage aux courants baroques. Autant dire, une partie essentielle de l'art italien et qui n'est pas le moins hermétique au grand public.
Cette exposition temporaire offre une regard neuf sur ce pan de l'histoire de l'art moderne des 17 et 18e siècles. Ouverte à partir du 24 novembre, elle se tient jusqu'au mois de mars.
Image : Carvage, Le sacrifice d'Abraham
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Hypperréalisme de la Vie moderne
Par Claire Maingon | (4) Commentaires | Permalink
La vie moderne, qu'est-ce peindre la vie moderne? Vous pourrez trouver un semblant de réponse à cette question en visitant une exposition qui se tient à Londre en ce moment, au Southbank Center. Parmi les artistes les plus importants et les mieux connus, on y retrouve Warhol, Bechtle, Hockney et Morley. C'est de ce dernier dont j'aimerais parler car on voit quelques toiles de lui vraiment sensationnelles dans cet accrochage plutôt agréable à visiter. Malcolm Morley est ce que l'on appelle communément un "hypperréaliste". Anglais d'origine, né en 1931, il est surtout connu pour sa toile de 1974, Disaster. Ses vues de bateaux et de ports, composées comme des cartes postales "parfaitement" illusionnistes, sont des pastiches d'un réel distancié. Face à ses oeuvres, on se sent comme celui qui regarde celui qui regarde...Voyez ce que je veux dire? J'aime cette forme de mise en perspective que je trouve, finalement, très fine, humoritisque et surtout pas prétentieuse.
Pour Robert Bechtle, c'est autre chose. La voiture, un des symboles de l'Amérique virile, est au coeur de son univers de moyenne banlieue urbaine. Cet artiste peint des toiles où il se représente en famille, parfaite illusion sociale d'un couple avec enfants et que rien ne menace. POurtant, les lignes de force très obtues, les découpages spatiaux et lumineux donnent à ces vues a priori tranquilles et sans histoire une dynamique très tendue, comme s'il fallait percer le réel pour accéder à la réalité. C'est un très beau talent dont j'aime aussi la peinture et qui est bien représenté dans l'exposition londonienne dont je vous conseille naturellement la fréquentation.
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La liberté selon A.R. Penck
Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink
A.R. Penck, de son vrai nom Ralf Winkler, est un grand artiste peu connu en France. D'origine allemande, c'est rendre justice à ce talent que d'exposer enfin au public son univers très expressif, coloré, labyrinthesque. En ce moment, la Galerie Jérôme de Noirmont (38 avenue Matignon) présente un accrochage de toiles récentes, de format souvent imposant, qui illustre bien la veine d'expérimentation de la peinture de Penck: celle du méandre de l'inconscient et de la mémoire universelle, dans un esprit presque chamanique et à la fois très trash. Je sais, dis comme cela, ça peut sembler étrange. En tout cas, c'est ainsi que je le perçois. Dans la terminologie de l'art contemporain, certains le traiteront de "nouveau fauve". Non pas qu'il s'agisse d'une insulte, mais ce terme inscrit Penck dans cette mouvance expressionniste allemande et autrichienne des années 80, assez violente dans l'emploi des formes et des couleurs, viscéralement sanguine par opposition à la froideur minimaliste des mêmes années.
Né en 1939, cet artiste a été très marqué par la guerre et la césure identitaire de son pays d'origine. Elevé à l'est, il est passé à l'ouest sans véritablement y trouver non plus sa place. Cette errance est peut-être l'une des sources qui ont motivé son expression très archaïque, un langage presque rupestre. Penck sera exposé au mois de février au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris. On y découvrira aussi sans doute mieux son talent de sculpteur qui apporte une touche presque classique, réservée, à son art pictural libre et vivant.
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Vélasquez et la fable
Par Claire Maingon | (0) Commentaires | Permalink
La National Gallery de Londres est bonne pâte. Après avoir prêté Samson et Dalila de Rubens à la maison Rockox d'Anvers, elle s esépare aussi provisoirement de l'une des toiles maîtresses de Vélasquez, La vénus au miroir, pour une grande exposition monographique organisée au Prado, tout rénové. Mais, pour sortir de l'ornière de la rétrospective classique et académique, la conservation a opté pour l'angle de la peinture d'histoire, de la fable et de la mythologie dans l'oeuvre du grand Espganol. L'exposition réunit une trentaine de toiles qui ont été, très heureusement, mis en confrontation ou en émulation avec les autres grands maîtres de son époque: Caravage, Rubens ou Poussin. Ainsi, vous public, vous faîtes coup double en appréciant d'autant plus de chefs-d'oeuvres.
Soulignons enfin que le Musée du Prado possède, à l'origine dans ses collections, plusieurs toiles importantes de Vélasquez, notamment Les Ménines, considérés comme sa toile majeure et achevés en 1656. On connait aussi l'importance des portraits de Philippe IV dans sa production, immortalisé à cheval dans l'exercice favori de la chasse autant que dans les intérieurs feutrés des palais royaux. Une belle occasion de refaire un tour des collections permanentes pour revoir ces sublimes chefs-d'oeuvre de commande.
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Rubens dans ses pénates
Par Claire Maingon | (1) Commentaires | Permalink
Cela fait trente ans que le musée de Rockox existe, comprenez la maison anversoive du protecteur de Rubens. Ca méritait bien une pétite exposition de derrière les fagots. Et pas n'importe lesquels. Pensez que le Prado a prêté l'esquisse à l'huile de l'Adoration des mages, dont le peintre le plus célèbre de son temps a bien entendu peint plusieurs versions. Li'dée qui préside à cette exposition est d'offrir une évocation historique la plus complète possible du collectionneur et mécène de Rubens, ce qui explique la présence de bustes antiques achetés par Christine de Suède. La pièce maîtresse de cet ensemble est sans conteste un prêt de la National Gallery de Londres, Samson et Dalila, un sujet mythologique qui met en exergue la complémentarité parfois bien funeste entre homme et femme.
Cette oeuvre emblématique des collections londoniennes sera accrochée à la place exacte qu'elle occupait trois siècle auparavant dans l'intérieur de Rockox, qui était aussi bourgemestre de la ville d'Anvers.
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Ferdinand Hodler, symboliste et suisse
Par Claire Maingon | (2) Commentaires | Permalink
Ferdinand Hodler. Ce nom ne sera peut-être pas familier à beaucoup d'entre vous. Seuls les passionnés du symbolisme connaissent un peu ce peintre suisse trop rare sur nos cimaises. Mais le Musée d'Orsay rectifie salutairement le tir en lui consacrant sa première grande rétrospective en France. C'est un très bel univers, poétique et un peu glacial, que celui de Hodler. Comme un univers des cimes, plein de hauteur et d'aération, mais pas hautain ni compliqué comme le sont parfois les mauvaises oeuvres symbolistes. 80 toiles permettront de découvrir le talent de ce peintre, ainsi qu'un grand nombre de dessins et de photographies.
Né à Berne en 1853, Hodler est mort en 1918. Il est donc pleinement un homme du 19e siècle. Après un démarrage de carrière difficile, il fut célèbre en Europe. Exposant des grande sécessions viennoises, au coté d'artistes demeurés plus célèbres, il avait suscité un grand scandale en 1891 en exposant La Nuit (aujourd'hui à Berne), un tableau qui fut jugé inconvenant. Jugez vous même. Je trouve cela très beau, et bien des choses pourraient être dites de sa parenté avec l'univers de Klimt. La plupart de ses toiles, visions, entretiennent un rapport aigu avec la mort. C'est peut-être pour cela qu'elles ont gênés. En tout cas, ce serait se priver de bien du plaisir que de decouvrir plus avant ce grand peintre suisse que fête le Musée d'Orsay jusqu'au 3 février.
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