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Le sentier qui mène de l'abstrait au concret (9/11, 3/4)
Par Louis Asselin le 2 mai 2005 | (0) Commentaires | Permalink
Des figurines blanchâtres, vaguement humaines, filiformes, en arabesques continues, éparses, regroupées ou isolées occupaient un espace plane au centre de la toile. D’autres évoluaient sur une sorte de voie, qui menait vers une lueur parfaite, pure, vers laquelle l’œil était invariablement attiré, pour échapper à l’atmosphère emplie de brouillard, de fumée ou de pollution. Les figurines, elles, avaient l’air de courir, éperdues, d’errer sans but.
Au-delà de cette ambiance de désolation, on sentait se dessiner une danse, débordante de vie fébrile – peut-être une danse incontrôlée, nerveuse, macabre. Vers le bas, à gauche de la scène, l’espace se désagrégeait, et entre des lambeaux de sol, dans une cavité souterraine, on distinguait un amas de ces figurines filiformes. Un résidu ?
En bas du tableau, au centre, une figurine plus grande était résolument tournée vers le spectateur, pris à témoin. Elle levait ce qui pouvait être pris pour des bras et semblait l’interroger de ses globes oculaires : « Pourquoi ? » Ambiguë, elle troublait avec son air jubilatoire - une inexplicable joie l’animait.
Cette peinture, je l’avais toujours trouvé attirante. Et j’en avais été gêné.
Une anecdote racontée par l’artiste me revint en mémoire : après avoir vécu à l’étranger et voyagé, il s’était installé en France, dans un village, où il enseignait la peinture aux enfants. Il leur apprenait à dessiner et à peindre les formes et les couleurs des paysages du coin. Un samedi après-midi, il organisa dans la salle communale une séance de peinture en direct sur le thème de la ville. Une « performance », comme on dit. Tout le monde vint pour voir les enfants et le professeur à l’œuvre. Il peignit la toile qui devait se retrouver en ma possession quelques mois plus tard. Les gens du village réagirent très mal à sa prestation personnelle, qui jurait avec l’académisme de son enseignement : ils le conspuèrent, l’expulsèrent de la salle, et je me demande s’il ne perdit son poste.
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